La leteroj

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Maxime Leforestier — '

La leteroj,
traduko de Georges Lagrange, 1976

Maxime Leforestier — '

Les lettres
 

Maj' mil naŭcent dek du. Al kara la edzin',
De pli ol unu jar' mi jam forlasis vin
Kaj teron kaj kultivon.
Mi foriris soldat' obee al destin',
En temp'de forpermes' mi venos kaj en fin'
Mi restos tutan vivon.
Mi certe venos nur somere por la draŝ'
Ĉar por pied-irant' tro longas tia marŝ'.
La viton priatentu.
Ĉefe ĝi pro forges' ne mortu sub herbar'
Pruntu vi ĉe l'rikolt' ĉevalon de l'najbar'.
Skribu min, ne silentu.

En vintro de dek tri al edzo al karul'
Malofte venas vi. Ja tempon, laŭ regul',
Nur kurtan vi disponas.
Scias mi, ke marŝad' je cent mejloj nur por
Laboradi en kamp' certe vin tenas for,
Mi tial vin pardonas.
Olduloj diras jam, ke iĝos tuj frosteg'
kaj mankas al mi fort' nun por la ligno-seg'.
La patro kun merito.
Segis mem tiom da por daŭri ĝis april'.
Sed ĉu ja kredas vi, laŭ urba informil',
Ke estos nun milito ?

Aŭgusto de dek kvar, al kara la edzin',
Plej tarde je l'aŭtun' vi ree vidos min,
Por festi pri la venko.
Estas plej fortaj ni. Sen mi rikoltu l'gren'n
ĵus naskiĝis bovid', atendu la reven'n
De mi por ĝia vendo.
Oldiĝas patro nun, li estas laca jam
Mi segos lignon mem, ŝpariĝu lia san'!
Mi ŝanĝos la adreson.
Ne plu skribu al mi, nun kara la edzin'
Ĉar sen dub' je l'aŭtun' ni ree vidos nin :
Festos ni tenerecon.

En vintro de dek kvin, al edzo al Karul',
Tro longis jam la temp' mi devis post kalkul'
Veturi en la urbon.
La bovidon mi do forvendis ĉe l'foir',
Mi vizitis al Ĵak al la maljuna vir'
Finpagis mi la ŝuldojn.
Ne paŝas plu la patr'; ne restas unu groŝ',
Sed elturniĝos mi. Sen mono en la poŝ'
Ŝparegos mi pli multe.
Kiam vi venos re por estri en la dom',
Se nenio 'stos plu kaj plu ne restos mon',
Ni vivos jam senŝulde.

Aprilo de dek ses, al kara la edzin'
Pro via bona kor' mi ne gratulas vin:
Grasigas vi friponon;
Helpis vi al rabist'. Sufiĉis duon-pag'.
Ĉar per la honestec' ni ĵetas en ĉi tag'
Al tomboj nian monon.
Laŭdire la milit' tre longe daŭrus plu,
Tri jarojn eble eĉ; aliaj diras du.
La tagoj tie samas.
Devas ni kun firmec' elteni, kun obstin'
Ne klopodas vi nun, mi ne aprobas vin.
Gravas ne, mi vin amas.

Alvenas nun la fin' de tiu viv-rakont'
Alvenas jam la fin' kaj restis sen respond'
Plej lasta ĉi letero.
Tion mi trovis mem en polva subtegment'
En pasinta somer' – nur flava dokument' –
Je tag' de pluv-vetero.
Sed diru kial do jam estis lasta paĝ'
Kaj diru kial do, pasante tra l'vilaĝ'
Plurfoje sen ekspliko,
Turnis mi vidon for del' milit-monument'
Kvazaŭ mi timus jen legi en ĉi-moment'
La nomon de amiko.

Avril 1912, ma femme, mon amour,
Un an s'est écoulé depuis ce mauvais jour
Où j'ai quitté ma terre.
Je suis parti soldat comme on dit maintenant.
Je reviendrai te voir, d'abord de temps en temps,
Puis pour la vie entière.
Je ne pourrai venir sans doute avant l'été.
Les voyages sont longs quand on les fait à pied.
As-tu sarclé la vigne ?
Ne va pas la laisser manger par les chardons.
Le voisin prêtera son cheval aux moissons.
Écris-moi quelques lignes.

Hiver 1913, mon mari, mon amour,
Tu ne viens pas souvent, sans doute sont trop courts
Les congés qu'on te donne
Mais je sais que c'est dur, cinquante lieues marchant
Pour passer la journée à travailler aux champs,
Alors, je te pardonne.
Les vieux disent qu'ici, cet hiver sera froid.
Je ne sens pas la force de couper du bois
J'ai demandé au père.
Il en a fait assez pour aller en avril
Mais penses-tu vraiment, toi qui es à la ville,
Que nous aurons la guerre ?

Août 1914, ma femme, mon amour,
En automne au plus tard, je serai de retour
Pour fêter la victoire.
Nous sommes les plus forts, coupez le blé sans moi.
La vache a fait le veau, attends que je sois là
Pour le vendre à la foire.
Le père se fait vieux, le père est fatigué.
Je couperai le bois, prends soin de sa santé.
Je vais changer d'adresse.
N'écris plus, attends-moi, ma femme, mon amour,
En automne au plus tard je serai de retour
Pour fêter la tendresse.

Hiver 1915, mon mari, mon amour,
Le temps était trop long, je suis allée au bourg
Dans la vieille charrette.
Le veau était trop vieux, alors je l'ai vendu
Et j'ai vu le vieux Jacques, et je lui ai rendu
Le reste de nos dettes.
Nous n'avons plus un sou, le père ne marche plus.
Je me débrouillerai, et je saurai de plus
En plus être econome
Mais quand tu rentreras diriger ta maison,
Si nous n'avons plus rien, du moins nous ne devrons
Plus d'argent à personne.

Avril 1916, ma femme, mon amour,
Tu es trop généreuse et tu voles au secours
D'un voleur de misères
Bien plus riche que nous. Donne-lui la moitié.
Rendre ce que l'on doit, aujourd'hui, c'est jeter
L'argent au cimetière.
On dit que tout cela pourrait durer longtemps.
La guerre se ferait encore pour deux ans,
Peut-être trois ans même.
Il faut nous préparer à passer tout ce temps.
Tu ne fais rien pour ça, je ne suis pas content,
Ça ne fait rien, je t'aime.

Ainsi s'est terminée cette tranche de vie,
Ainsi s'est terminé sur du papier jauni
Cet échange de lettres
Que j'avais découvert au détour d'un été
Sous les tuiles enfuies d'une maison fanée
Au coin d'une fenêtre.
Dites-moi donc pourquoi ça s'est fini si tôt.
Dites-moi donc pourquoi, au village d'en haut,
Repassant en voiture,
Je n'ai pas regardé le monument aux Morts
De peur d'y retrouver, d'un ami jeune encore,
Comme la signature.